Tito Odunaike, Moyo Stumpenhusen, Emilia Adese ou Harley Henry ont marqué un tournant pour l’athlétisme britannique chez les jeunes. En l’espace de deux jours, les athlètes du Royaume-Uni ont multiplié les minimas pour les championnats d’Europe U18 et les championnats du monde U20, tout en établissant plusieurs records nationaux. Surtout, ces performances majeures sont venues des concours – sauts et lancers : des disciplines où le Royaume-Uni a historiquement eu plus de mal à s’imposer au plus haut niveau.

La première vague de résultats marquants est venue de Växjö, en Suède, avec une journée particulièrement productive pour les lanceurs britanniques. En disque U18 masculin, Moyo Stumpenhusen, qui s’était révélé il y a peu, a pris la deuxième place avec 57,47 m, un jet suffisant pour atteindre le minimum européen U18 pour Rieti. Cette performance constitue également un record britannique U18, confirmant la progression rapide d’un athlète désormais capable de rivaliser avec les meilleurs spécialistes européens de sa catégorie d’âge, même si la victoire de ce concours est venue du Suédois George Cederqvist et son énorme record personnel à 58,33 m, amélioré de plus de 7m.
Chez les femmes, le concours du poids U18 a été dominé par les Britanniques. Emilia Adese s’est imposée avec 16,87 m, améliorant nettement son record personnel et dépassant largement le standard européen fixé à 15,60 m. Jasmine Nkoso, pourtant davantage identifiée comme une heptathlonienne, a elle aussi franchi ce seuil avec 16,09 m. Les deux athlètes occupent désormais des places de tout premier plan au classement mondial U18 2026, Adese étant numéro 2 mondiale et Nkoso numéro 5. Dans le même temps, Lucy Bull a porté le javelot à 49,84 m, établissant un troisième record britannique U18 dans les concours sur la seule journée. Trois records nationaux U18 en lancers, un scénario extrêmement rare pour le Royaume-Uni.
Les sauts ont ensuite pris le relais, avec une succession de performances de très haut niveau. Le nom qui ressort le plus est celui de Tito Odunaike. Né en 2009, le triple sauteur britannique a frappé fort dès son entrée en lice avec 15,18 m, un saut qui lui permettait déjà de décrocher le minimum européen U18 et de prendre la tête du bilan mondial de la catégorie. La suite a été encore plus impressionnante : 15,91 m, puis 16,01 m lors du concours de Sheffield. Cette dernière marque constitue le meilleur saut britannique U18 de l’histoire et la plus longue performance indoor réalisée mondialement dans cette catégorie d’âge depuis une dizaine d’années.
Dans le même concours, Harley Henry, 17 ans, a confirmé son statut d’athlète précoce. Déjà le plus jeune représentant masculin du Royaume-Uni aux championnats d’Europe U20 la saison passée, il a amélioré son record personnel à 15,75 m. Cette performance lui offre le minimum mondial U20 pour Eugene et le place troisième mondial U20 en 2026. Le Royaume-Uni se retrouve ainsi avec deux triple sauteurs jeunes capables d’atteindre des standards internationaux élevés, un fait jamais vu dans cette discipline.
Le saut en hauteur a également apporté une satisfaction majeure avec Regan Corrin. En franchissant 2,15 m pour remporter le concours U20, le Britannique a réalisé un record personnel et validé le minimum pour les championnats du monde U20. Une performance qui le positionne clairement comme un candidat crédible à une sélection internationale aux jeux du Commonwealth 2026 avec l’Île de Man, dans la continuité d’Otis Poole.
En saut en longueur, Daniel Emegbor a lui aussi marqué les esprits. Dès son premier essai, il a sauté 7,73 m, une marque synonyme de minimum mondial U20 et de meilleure performance mondiale U20 de la saison. Pour rappel, Daniel Emegbor avait fini 5è des championnats d’Europe U20 à l’âge de 16 ans et est l’un des plus grands talents mondiaux de cette discipline.
L’ensemble de ces résultats met en lumière une évolution notable de l’athlétisme britannique chez les jeunes. Ces dernières années, les minimas internationaux et les performances de référence provenaient le plus souvent du sprint et du demi-fond. Le Royaume-Uni s’est construit une solide réputation autour du 800 m et du 1500 m, avec des figures historiques comme Sebastian Coe, Steve Cram, Kelly Holmes, puis plus récemment Laura Muir, Josh Kerr ou Keely Hodgkinson. Les grandes réussites britanniques sur la piste ont longtemps masqué un déficit relatif dans les concours.
Voir aujourd’hui autant de minimas et de performances majeures en lancers, triple saut, saut en longueur et saut en hauteur représente donc un signal fort pour l’avenir. Cette diversité nouvelle suggère une base plus équilibrée et une capacité accrue à produire des athlètes complets sur l’ensemble des épreuves de l’athlétisme. À l’heure actuelle, seule la perche reste en retrait chez les jeunes, une discipline où le Royaume-Uni a rarement brillé, malgré l’émergence récente de Molly Caudery chez les femmes au niveau senior.
À quelques mois des championnats d’Europe U18 de Rieti et des championnats du monde U20 d’Eugene, le Royaume-Uni aborde donc ces échéances avec une profondeur rarement observée dans les concours, tout en conservant les sprinteurs et demi fondeurs de haut niveau.