Zoe Bäckstedt a décroché la médaille d’argent du contre-la-montre des Championnats du monde de cyclisme 2026 à Montréal, pour sa première participation chez les seniors. À seulement 21 ans, la Britannique a longtemps fait douter Marlen Reusser, avant que la Suissesse ne reprenne finalement le dessus dans la seconde moitié des 39,2 kilomètres. La championne du monde en titre conserve son maillot arc-en-ciel avec 40 secondes d’avance, mais Bäckstedt, pour ses premiers championnats du monde chez les seniors, confirme qu’elle appartient déjà au plus haut niveau mondial.

Zoe Bäckstedt, première dauphine d’une Marlen Reusser encore au-dessus
Il y avait une forme de logique à voir Marlen Reusser partir comme la grande favorite à Montréal. La Suissesse, âgée de 35 ans, arrivait avec le statut de championne du monde en titre après son succès à Kigali en 2025, mais aussi avec une domination qui dépasse désormais le seul palmarès mondial. Depuis plusieurs années, elle s’est imposée comme la référence du contre-la-montre féminin, capable de maintenir une puissance exceptionnelle sur les longues portions roulantes. À l’image de Remco Evenepoel chez les hommes, Reusser est devenue la référence à battre lorsqu’un parcours privilégie l’effort solitaire.
Face à elle, Zoe Bäckstedt n’avait pourtant pas l’intention de simplement découvrir le niveau senior. La Britannique avait fait le choix de renoncer à la défense de son titre mondial espoirs pour se mesurer directement aux meilleures. Un choix qui pouvait comporter une part de risque sur un parcours long de 39,2 kilomètres, soit une distance particulièrement exigeante pour une coureuse de 21 ans. Bäckstedt a immédiatement pris les commandes de la course. Au premier point intermédiaire, elle comptait environ dix secondes d’avance sur Reusser. La Britannique a ensuite conservé la tête au deuxième passage, au point que l’hypothèse d’une surprise n’était plus seulement théorique. Après un peu plus de la moitié du parcours, Reusser n’avait réduit l’écart qu’à quelques secondes.
Le rapport de force allait toutefois progressivement changer. Reusser a commencé à reprendre du temps dans les longues portions où sa capacité à maintenir une vitesse élevée faisait la différence. Au deuxième intermédiaire, elle n’était plus qu’à trois secondes de Bäckstedt. Puis, autour du 29e kilomètre, la Suissesse avait complètement inversé la situation : elle comptait alors treize secondes d’avance sur la Britannique. La fin de course n’a fait que confirmer cette tendance. Reusser a continué à creuser l’écart jusqu’à franchir la ligne en 50’24 »44, avec 40 »11 d’avance sur Bäckstedt. Franziska Koch complète le podium, à 45 »54 de la championne du monde. La Britannique termine donc devant plusieurs références de la discipline et notamment devant Demi Vollering, seulement huitième à près de 1’50 ».
Le résultat est d’autant plus intéressant que Bäckstedt n’a pas bénéficié d’un parcours construit exclusivement pour ses qualités. Elle l’a elle-même reconnu après l’arrivée : la distance était supérieure à celle qu’elle considère aujourd’hui comme sa zone de confort. La Britannique estime encore que son meilleur format se situe davantage autour de 25 à 30 kilomètres. Sur près de 40 kilomètres, la gestion de l’effort devenait donc une donnée essentielle.
Elle a pourtant parfaitement résisté dans la première partie avant de payer, plus que Reusser, la longueur de l’exercice dans les derniers kilomètres. Le contraste entre les deux coureuses est finalement assez révélateur : à 35 ans, Reusser dispose d’une expérience considérable dans ce type d’effort et a su construire sa victoire sur la seconde moitié de la course. À 21 ans, Bäckstedt possède déjà la vitesse nécessaire pour prendre plusieurs secondes à la référence mondiale, mais doit encore progresser dans la capacité à maintenir ce niveau jusqu’au bout.
À 21 ans, elle est déjà championne du monde junior et espoir de la discipline et désormais 2e chez les seniors, et dispose encore de près de deux années supplémentaires avant les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Reusser en aura alors 37. Cette différence d’âge ne garantit évidemment aucun changement dans la hiérarchie, mais elle constitue un élément important lorsqu’il s’agit d’imaginer l’évolution des deux coureuses. Bäckstedt peut encore développer sa puissance, son endurance et surtout son expérience des longues distances, tandis que Reusser devra maintenir le niveau qui lui permet aujourd’hui de dominer ses adversaires.