Longtemps cantonné à des exploits isolés et à quelques disciplines bien ciblées, surtout le Curling, le sport d’hiver britannique traverse aujourd’hui une période singulière de son histoire. À maintenant quelques semaines des Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, jamais la délégation Britannique n’a semblé disposer d’un réservoir aussi large d’athlètes capables de jouer les premiers rôles sur la scène internationale. Les récentes performances enregistrées en ski alpin, snowboard, freeski ou skeleton dessinent un tableau bien plus ambitieux que celui observé lors des dernières olympiades. En 2022 à Pékin, la délégation britannique avait quitté la Chine avec deux médailles — une d’or et une d’argent, toutes deux en curling — pour une 17e place finale au classement, identique à celle des trois éditions précédentes. Aujourd’hui, les signaux envoyés par la nouvelle génération laissent entrevoir un horizon plus dense, plus varié… et potentiellement plus glorieux.

Une nouvelle vague qui bouscule les hiérarchies établies
Le premier enseignement de ce début de saison hivernale est clair : le Royaume-Uni n’avance plus avec un ou deux leaders isolés, mais avec bien plus de talents, souvent jeunes, déjà capables de gagner au plus haut niveau, même si la concurrence est de plus en plus forte. Cette évolution est particulièrement visible dans les disciplines dites “freestyle”, devenues le cœur battant du projet olympique britannique.
À seulement 18 ans, Mia Brookes incarne à elle seule ce renouveau. Déjà championne du monde de slopestyle, la snowboardeuse du Cheshire a lancé son hiver de manière autoritaire en remportant deux Coupes du monde de Big Air, à Pékin puis à Klagenfurt. Au-delà des résultats, c’est la manière qui impressionne : une maîtrise technique exceptionnelle, des combinaisons de figures parmi les plus complexes du circuit et une constance qui la distingue nettement de nombreuses rivales. Brookes n’est plus une promesse, mais une référence mondiale, et l’une des chances de médaille les plus solides de Team GB pour 2026.
Dans son sillage, Kirsty Muir poursuit son propre chemin vers les sommets. À 21 ans, la skieuse d’Aberdeen a démontré, dès la première épreuve de Big Air de la saison à Secret Garden, qu’elle avait pleinement retrouvé son niveau après une grave blessure. Vainqueure en Chine, double médaillée de bronze aux X Games, régulière sur le circuit Coupe du monde, Muir possède ce profil si rare : celui d’une athlète capable de répondre présente lors des grands rendez-vous. Sa trajectoire rappelle que la réussite britannique ne repose plus uniquement sur l’exploit ponctuel, mais sur une construction patiente et durable.
Ce dynamisme ne se limite pas aux sports freestyle. En ski alpin, discipline historiquement délicate pour le Royaume-Uni, Freddy Carrick-Smith a récemment créé la surprise en remportant un géant de Coupe d’Europe à Valloire, avec le dossard 48 et une remontée spectaculaire de vingt places en seconde manche. Quelques mois plus tôt, le skieur de 17 ans avait déjà marqué l’histoire en devenant le premier Britannique à décrocher une médaille alpine au Festival Olympique de la Jeunesse Européenne, en s’imposant en slalom géant à Bakuriani. Ces résultats, encore isolés à l’échelle mondiale, témoignent néanmoins d’un vivier qui s’élargit, surtout que ce skieur a un jeune frère : Zak, 4ème de la descente remportée par son frère lors de ces jeux d’hiver .
Le skeleton britannique, locomotive silencieuse d’un projet olympique ambitieux
Si ces succès en ski et snowboard nourrissent l’optimisme, c’est bien en skeleton que le Royaume-Uni apparaît aujourd’hui comme une puissance incontournable. Discipline de niche, souvent absente du débat médiatique, elle est pourtant devenue l’un des piliers les plus solides des ambitions olympiques britanniques.
Depuis le début de la saison, les performances s’enchaînent à un rythme impressionnant. À Sigulda, en Lettonie, Matt Weston a confirmé son statut de leader mondial en remportant une nouvelle victoire en Coupe du monde, la troisième consécutive cette saison. Déjà sacré à Cortina puis à Lillehammer, le Britannique a dominé la concurrence avec une marge nette, malgré une préparation perturbée par une grave blessure au quadriceps durant l’été. Sa régularité, sa vitesse de départ et sa capacité à performer sur des pistes variées en font aujourd’hui le favori naturel à l’approche de Milan-Cortina 2026 — un statut aussi flatteur qu’exigeant.
Cette pression, Weston la connaît. Champion du monde en titre, leader du classement général, attendu à chaque sortie, il incarne désormais le visage du skeleton britannique. À ses côtés, Marcus Wyatt continue d’évoluer dans l’ombre, mais avec une efficacité redoutable. Médaillé d’argent à Sigulda, comme lors des derniers Championnats du monde, Wyatt forme avec Weston un duo devenu l’un des plus redoutés du circuit, rappelant que la force britannique réside autant dans la profondeur que dans l’excellence individuelle.
Chez les femmes, la densité est tout aussi remarquable, même si aucune athlète est aussi dominante que Weston. Tabby Stoecker, médaillée d’argent à Sigulda après un nouveau départ supersonique, s’est installée dans le top 3 mondial. À 25 ans, elle affiche une maturité et une constance qui la placent parmi les candidates crédibles au podium olympique, tout comme Amelia Coltman, qui a ses côtés, a elle aussi franchi un cap à 29 ans. En décrochant le bronze à Sigulda, sa meilleure performance de la saison, elle a rappelé qu’elle restait une valeur sûre du collectif britannique. Déjà titrée en Coupe du monde par le passé, Coltman semble atteindre son pic de forme au moment idéal.