L’Angleterre U20 a vu sa belle dynamique s’interrompre face à l’Irlande, battue 31-21 dans une rencontre marquée par un contraste saisissant entre les deux périodes. Supérieurs dans l’impact et dans la maîtrise durant les quarante premières minutes, les hommes d’Andy Titterrell ont ensuite subi le réalisme irlandais et certaines décisions arbitrales qui ont lourdement pesé sur l’issue du match. Un revers qui laisse un goût amer et resserre la course au titre.

Le scénario du match
Le début de rencontre a confirmé les intentions anglaises : ambition dans le jeu, volonté de déplacer le ballon et d’attaquer les intervalles. Dès les premières minutes, les Anglais ont enchaîné les passes après contact et mis sous pression la défense irlandaise, sans toutefois concrétiser. L’Irlande a répondu immédiatement en trouvant des espaces au large, mais la défense anglaise, vigilante, a su arracher le ballon à quelques mètres de son en-but.
C’est finalement sur conquête que les visiteurs ont ouvert le score. Après une pénalité concédée dans les 22 mètres, l’Irlande a exploité une touche à quinze mètres : ballon porté structuré, progression maîtrisée, puis crochet intérieur tranchant du talonneur Lee Fitzpatrick pour aplatir. Transformation réussie, 0-7. Une séquence parfaitement exécutée.
Loin de douter, l’Angleterre a progressivement pris le dessus physiquement. La mêlée, notamment, a tourné à l’avantage du pack anglais, Ollie Streeter apportant stabilité et puissance côté droit. Dans les collisions, l’écart d’intensité était visible, que ce soit en défense ou ballon en main.
L’égalisation est venue d’une inspiration de James Pater. Sur une chandelle irlandaise mal négociée, l’arrière anglais a récupéré le ballon avec autorité, cassé un premier plaquage puis décalé George Pearson. Profitant de deux plaquages manqués, l’ailier a résisté pour aplatir entre les poteaux. 7-7 après transformation.
L’Angleterre a ensuite multiplié les temps forts, dominant territorialement et mettant la défense irlandaise sous pression. Après plusieurs séquences au ras de la ligne, Connor Treacey a fini par concrétiser en puissance, récompensant une domination nette dans les impacts. À la pause, les Anglais menaient logiquement 14-7. Comme lors des précédents matches, le démarrage avait été progressif, mais la maîtrise était bien anglaise dans tous les secteurs clés.
La physionomie a radicalement changé après la pause. Un 50-22 irlandais a immédiatement replacé le jeu dans le camp anglais et, sur la séquence suivante, Josh Neill a conclu en force pour égaliser (14-14). L’Irlande, plus agressive au retour des vestiaires, a pris l’ascendant dans les zones de ruck, profitant aussi d’une baisse de précision anglaise.
Le tournant du match est intervenu autour de l’heure de jeu. L’Irlande a inscrit un troisième essai sur une action au large, validée malgré un en-avant qui au vu des ralentis, semble clair sur l’avant-dernière passe. Sans assistance vidéo pour revenir sur l’action, la décision est restée inchangée (14-21).
Quelques minutes plus tard, sur une nouvelle séquence confuse près de la ligne anglaise, un jeu au pied irlandais a rebondi de manière improbable et est retombé dans les bras de l’ailier irlandais qui n’avait plus qu’à aplatir dans l’en-but. Là encore, les joueurs de Titerell ont joué de malchances sur une action qui semblait de base assez anodine. À l’inverse, en toute fin de rencontre, le quatrième essai inscrit par Will Knight et qui aurait donner au quinze de la rose deux précieux de bonus a été logiquement refusé pour un en-avant anglais — décision tout à fait logique en soi, mais qui a accentué le sentiment d’un traitement différent entre les deux camps sur des situations comparables.
Entre-temps, Nick Lilley avait relancé l’espoir en concluant rapidement après une touche bien négociée et un lancement précis (21-28 après transformation). L’Angleterre, malgré une seconde période moins aboutie, restait à portée. Mais une pénalité longue distance irlandaise est venue creuser l’écart (21-31), alors que plusieurs phases de contest au sol avaient suscité l’incompréhension côté anglais quant à leur interprétation.
Il serait réducteur de résumer la défaite anglaise aux seules décisions arbitrales : la seconde période a cruellement manqué de constance, de discipline et de maîtrise territoriale. Néanmoins, dans un match serré où chaque détail compte, certaines décisions clés ont forcément pesé sur la dynamique et le score final.
Au classement, ce revers relance totalement la compétition. L’Angleterre, qui avait pris 9 points sur les 10 possibles des deux premières journées en inscrit aucun ce soir et verrait le titre grandement s’éloigner en cas de succès de la France demain contre l’Italie. L’Irlande, opportuniste et réaliste, repart avec un succès précieux de Bath, bonus offensif en poche.