Il incarnait le renouveau du sprint britannique. En l’espace de quelques mois, Louie Hinchliffe est passé du statut d’espoir prometteur à celui de champion NCAA et médaillé olympique. Puis, presque aussi vite, sa trajectoire s’est brouillée entre blessures et choix de carrière précipité. Dix-huit mois après avoir quitté le circuit universitaire américain pour passer professionnel, le sprinteur de Sheffield vient de faire marche arrière. Direction le Texas, et un retour sous l’aile de Carl Lewis à l’Université de Houston.

Louie Hinchliffe a connu une évolution chronométrique presqu’irréelle depuis le début de sa carrière. En 2019 à 17 ans, il bouclait le 100 mètres des English Schools en 11.00 secondes. Cinq ans plus tard, il devenait le premier Européen de l’histoire à remporter le titre NCAA sur 100 mètres à Eugene, en 9.95 secondes. 10.60 en 2021, 10.30 en 2022, 10.17 en 2023, avant l’explosion de 2024. Cette année-là, après son transfert à l’Université de Houston, il passe un cap décisif sous la houlette de Carl Lewis : immense athlète qui s’est avéré être un entraîneur tout aussi performant. En mai 2024, il court en 10.00 secondes avec vent régulier, puis en 9.84 avec un léger vent favorable. Quelques semaines plus tard, sur la piste mythique de Hayward Field à Eugene, il remporte le titre NCAA en 9.95 (+0.2), intégrant au passage le top 10 britannique de tous les temps.
Dans la foulée, il s’impose aux championnats britanniques à Manchester, réalisant un doublé historique NCAA – titre national la même saison. Sélectionné pour les Jeux olympiques de Jeux olympiques d’été de 2024, il descend à deux reprises sous les dix secondes en séries et demi-finales, allant même jusqu’à devancer le futur champion olympique Noah Lyles au premier tour. Eliminé aux portes de la finale individuelle malgré son chrono de 9.97 sec, il quitte toutefois Paris avec une médaille de bronze sur le relais 4×100 m, premier podium senior international d’une carrière qui semblait alors promise aux sommets.
À 22 ans, tout semblait aligné. Il décide alors de quitter prématurément le cocon universitaire et de passer professionnel, rejoignant au Royaume-Uni le groupe de Richard Kilty. Un choix motivé par une proximité philosophique et méthodologique. Mais le sport de haut niveau ne pardonne rien et sa saison 2025 est hachée par une fracture de stress et des blessures aux ischio-jambiers. Son meilleur chrono sur 100 m plafonne à 10.08, loin des standards de l’année précédente et tout d’un coup, l’horizon s’assombrit pour Hinchliffe.
Un retour aux sources sous Carl Lewis
Fin février 2026, la nouvelle tombe : Louie Hinchliffe est autorisé par la NCAA à réintégrer le statut de student-athlete. Après avoir complété un processus administratif rigoureux, il se réinscrit à l’Université de Houston et retrouve son ancien mentor, Carl Lewis.
Dans un système américain où le professionnalisme marque souvent un point de non-retour, faire machine arrière et assumer un mauvais choix exige beaucoup d’humilité et de lucidité. Carl Lewis ne s’en cache pas : » Pour notre programme, c’est comme récupérer un énorme free agent « , confie-t-il à la presse texane. Avant d’ajouter : Il m’a dit : » j’ai fait une erreur, je suis désolé, est-ce que je peux revenir ? Il a assumé. Je suis très fier de lui pour ça. «
Ces mots en disent long sur la relation entre l’entraîneur et l’athlète. En 2024 déjà, Hinchliffe soulignait l’impact que Lewis avait eu sur sa personne : notamment sa capacité à transmettre l’expérience d’un nonuple champion olympique tout en maintenant un cadre structurant.
Son retour sur la piste a d’ailleurs été encourageant. Engagé aux championnats indoor Big 12 à Lubbock, il a signé 6.62 secondes en séries du 60 mètres, se qualifiant pour la finale. Un chrono correct en apparence, mais en réalité révélateur : quatre centièmes plus rapide que son meilleur temps de la saison 2024 dès sa course de rentrée. En 2023, il avait explosé sur la distance avec 6.60. Les bases de vitesse pure sont toujours là et il pourrait bien battre son record personnel dans les semaines à venir : de bonne augure pour la suite de sa saison.
À moyen terme pour lui, l’objectif reste clair : les Jeux de Los Angeles 2028. Le sprint britannique, emmené par Zharnel Hughes et Jeremiah Azu, a besoin de profondeur. Hinchliffe, sixième Britannique le plus rapide de l’histoire sur 100 m, fait partie de cette génération capable d’atteindre les finales mondiales ou de constituer un relais très performant. Dès cet été, des compétitions comme les jeux du Commonwealth où les championnats d’Europe de Birmingham pourraient lui donner l’occasion de briller à nouveau aux échelles mondiales et continentales et de remonter sur un podium d’une compétition majeure.