Huit ans après la dernière médaille masculine britannique sur les tatamis parisiens, le judo d’outre-Manche a retrouvé le goût du podium dans l’enceinte mythique de l’Accor Arena. À seulement 21 ans, Ben Levy a signé l’une des plus grandes performances britanniques de ces dernières années en décrochant le bronze au Grand Slam de Paris (-73 kg), après avoir notamment éliminé Joan-Benjamin Gaba, champion du monde en titre et chouchou du public français.

Une journée parisienne fondatrice pour Ben Levy
Né à Paris mais installé à Londres depuis son plus jeune âge, Ben Levy n’est pas arrivé au Grand Slam de Paris sans références. Formé au Budokwai, l’un des clubs les plus prestigieux du Royaume-Uni et le plus ancien hors du Japon, le judoka britannique sortait déjà d’une année 2025 particulièrement consistante, marquée par plusieurs titres sur le circuit européen junior et une montée progressive vers le très haut niveau senior.
Dès son entrée en lice, Levy a donné le ton. Opposé au Coréen Jaehong An, médaillé du Grand Slam de Paris en 2023, il a livré un combat plein de maîtrise, s’imposant avec autorité pour se hisser en huitièmes de finale. C’est à ce moment-là que le tirage lui a réservé ce qui semblait être une montagne infranchissable : Joan-Benjamin Gaba, champion du monde en titre, vice-champion olympique et porté par un public acquis à sa cause.
Dans une Accor Arena en fusion, Levy n’a pourtant jamais semblé intimidé. Mieux encore, il a renversé la dynamique émotionnelle du combat. Solide tactiquement, intelligent dans ses déplacements et remarquablement calme, il a su faire déjouer Gaba pour créer l’une des plus grandes surprises du tournoi dans l’extra time du combat. « Je savais que le public serait avec lui, mais dans ma tête, c’était aussi ma ville », confiera-t-il plus tard.
En quart de finale, le Britannique a poursuivi sur sa lancée face au Kazakh Kuanov. Moins médiatisé mais expérimenté, ce dernier n’a jamais réussi à installer son judo. Levy a marqué sur une saisie efficace pour yuko, avant de gérer le reste de l’affrontement avec une maturité impressionnante, mettant en valeur l’un de ses atouts majeurs : une flexibilité exceptionnelle qui lui permet d’attaquer sans se déséquilibrer et de défendre en mouvement constant.
La demi-finale face à l’Italien Manuel Lombardo, référence mondiale de la catégorie, a marqué la seule fausse note de la journée. Battu sur un ko-uchi-gari parfaitement exécuté, Levy est néanmoins resté dans le combat jusqu’au bout, limitant l’impact de la projection grâce, encore une fois, à sa souplesse.
Restait alors le combat pour le bronze, face au Japonais Ishihara, double médaillé mondial et cinquième au classement mondial. Loin de flancher, Levy a livré l’un de ses combats les plus aboutis. Patient, précis, il a finalement trouvé l’ouverture sur seoi-otoshi, la technique qu’il cherchait depuis le début de la journée. Une projection décisive, synonyme de médaille et de consécration.
Une jeunesse britannique qui frappe fort face aux références mondiales
Si la médaille de Ben Levy a naturellement attiré tous les regards, elle ne doit pas occulter la qualité globale des performances britanniques lors de ce Grand Slam de Paris. Car au-delà des podiums, c’est bien la valeur des adversaires battus qui a marqué les esprits.
En -66 kg, Michael Fryer, pourtant seulement 78e mondial, a créé l’exploit en éliminant Denis Vieru, médaillé olympique et double médaillé mondial. Son ashi-waza en golden score restera comme l’un des moments forts de la journée, symbole d’un judoka déjà capable de rivaliser avec l’élite mondiale malgré un manque d’expérience à ce niveau. Dans cette même catégorie, Charlie Young a également frappé un grand coup en battant Vazha Margvelashvili, vice-champion olympique géorgien.
Mais peut-être la performance la plus prometteuse, après celle de Levy, est venue d’Irakli Goginashvili. À seulement 19 ans, encore junior, le champion d’Europe juniors a projeté pour ippon le Mongol Lavjargal, médaillé mondial en 2024. Une victoire qui confirme son statut de joyau du judo britannique et laisse entrevoir un avenir brillant chez les seniors, lui qui est récemment devenu médaillé de bronze aux championnats du monde junior.