Keely Hodgkinson n’avait volontairement pas disputé la finale des championnats britanniques afin de se préserver et de maximiser ses chances d’attaquer le record du monde du 800 m en salle. Un pari mûrement réfléchi qui a porté ses fruits. Au meeting de Liévin, la championne olympique de Paris 2024 a effacé des tablettes l’ancienne marque de la Slovène Jolanda Ceplak (1’55’’82), établie en 2002. En 1’54’’88, la Britannique a signé une performance historique, devenant la première femme à descendre sous les 1’55’’ en salle.

Pour les Britanniques, le moment attendu de la soirée était évidemment ce 800 m féminin. Tout avait été pensé pour cette tentative : quelques jours plus tôt, à Birmingham, Hodgkinson avait frappé fort en série des championnats nationaux avec un 1’56’’33 supersonique – troisième performance mondiale de l’histoire en salle à ce moment-là – réalisé sans lièvre ni aide lumineuse. Elle avait ensuite renoncé à la finale afin de garder de la fraîcheur pour Liévin, piste réputée la plus rapide du circuit indoor.
Dans l’Arena Stade Couvert, la Britannique a demandé une wavelight réglée deux secondes sous le record du monde. Dès le départ, elle a évidemment pris la tête, maîtrisant parfaitement le nouveau règlement imposant un rabattement après le deuxième virage. Passage au 400 m en 55’’56, soit une seconde plus rapide qu’à Birmingham. Le rythme était soutenu mais parfaitement contrôlé. Au 600 m, en 1’25’’06, l’écart était déjà net : la Suissesse Audrey Werro (1’57’’27 comme record personnel) et l’Éthiopienne Tsige Duguma (1’58’’35) : ses principales concurrentes, étaient repoussées à plusieurs mètres.
Seule face au chrono dans le dernier tour, Hodgkinson est restée relâchée malgré la fatigue de l’effort, juste derrière les diodes lumineuses réglées largement en dessous le record de la slovène. Elle coupe finalement la ligne en 1’54’’88, améliorant de près d’une seconde l’ancienne référence mondiale. Un record vieux de 24 ans, établi le jour même de sa naissance le 3 mars 2002. Werro termine deuxième en 1’58’’38, Duguma troisième en 1’58’’83, mais l’écart illustre la domination de la britannique sur la distance.
Avant ce feu d’artifice final, les quelques Britanniques présents avaient déjà animé la soirée. À 20h30, le 1 500 m féminin lançait leur programme avec Georgia Hunter Bell et Jemma Reekie face aux Éthiopiennes. Partie sur des bases rapides avant un léger tassement (1 000 m en 2’41), la course a vu la wavelight du record d’Europe s’éloigner progressivement. À la cloche, Hunter Bell a tenté une accélération tranchante qui lui a offert la victoire, mais le chrono en 4’00’’21, à moins d’une seconde de la meilleure performance mondiale de la saison est à plus de trois secondes du record d’Europe envisagée. Haylom (4’01’’17) et Berhe (4’01’’51) complètent le podium, la seconde britannique Jemma Reekie prenant la quatrième place en 4’02’’14, son record de la saison.
Sur 800 m masculin, Ben Pattison – médaillé mondial en plein air en 2023 – possédait le deuxième meilleur temps des engagés. Longtemps en retrait, il a choisi d’attendre son heure. Au passage des 600 m (1’18’’72), il était encore à l’arrière avant de produire un gros effort dans la dernière ligne droite et d’effectuer de loin le meilleur finish. Mais, parti trop tard, il n’a pu qu’arracher la troisième place en 1’46’’03, derrière l’Allemand Alexander Stepanov (1’45’’89, record personnel) et le Croate Marino Bloudek (1’45’’93).
Le 2 000 m féminin a vu l’Australienne Jessica Hull, en quête du record du monde s’imposer en 5’26’’68, deuxième performance de l’histoire derrière le record du monde de Genzebe Dibaba qu’elle n’a finalement pas pu s’adjuger. Sixième en 5’35’’87, Revee Walcott-Nolan a battu le record britannique, effaçant une marque qui datait de 1993 – performance symbolique même sur une distance rarement disputée.
Le 1 500 m masculin est revenu au Portugais Isaac Nader en 3’32’’44, nouveau record national, tandis que la finale du 60 m haies a offert un scénario rarissime : l’Espagnol Enrique Llopis et le Français Just Kwaou-Mathey ont terminé ex æquo au millième près (7’’446).