À un mois du coup d’envoi du Tournoi des 6 Nations 2026, l’Angleterre se retrouve confrontée à une problématique plutôt inattendue. Les blessures conjuguées d’Asher Opoku Fordjour et de Will Stuart fragilisent considérablement un poste clé du jeu anglais : celui de pilier droit. Derrière la forme étincelante de Joe Heyes très en vue avec les Tigers de Leicester, la profondeur s’amenuise, forçant Steve Borthwick à réévaluer ses options.

Un pack anglais solide sur le papier, mais fragilisé sur la droite de la mêlée
Sur le plan collectif, l’Angleterre aborde pourtant ce Tournoi avec des bases solides devant. Le pack a gagné en cohérence et en lisibilité depuis un an, porté par la forme étincelante d’Ellis Genge. Le pilier gauche, leader affirmé et référence mondiale à son poste, traverse l’une des périodes les plus abouties de sa carrière. Dominant en mêlée, précieux dans le jeu courant et toujours aussi actif défensivement, il reste l’un des piliers – au sens propre comme au figuré – du système de Steve Borthwick.
À droite de la mêlée, la hiérarchie semblait initialement claire. Will Stuart devait endosser le rôle de titulaire. Le pilier de Bath, international expérimenté et habitué aux joutes du plus haut niveau, offrait toutes les garanties nécessaires aux exigences du rugby international. Derrière lui, Joe Heyes apparaissait comme une alternative crédible, d’autant plus que le joueur de Leicester a connu une progression notable ces derniers mois. Ses performances convaincantes à l’automne ont rebattu certaines cartes et laissé entrevoir une concurrence plus ouverte que prévu, sans pour autant effacer le statut initial de Stuart.
Derrière, Asher Opoku-Fordjour occupait un rôle différent mais tout aussi précieux. À seulement 21 ans, le pilier de Sale Sharks s’imposait comme un véritable remplaçant de luxe, capable de couvrir les deux côtés de la mêlée. Sa polyvalence, rare à ce niveau, et sa maturité précoce en faisaient une option idéale pour sécuriser le banc, tout en incarnant l’avenir à court terme du poste pour un joueur dont les qualités étaient connues depuis le titre mondial U20 en 2024.
La blessure de Will Stuart, victime d’une grave rupture du tendon d’Achille en décembre, a d’abord constitué un premier coup dur. Indisponible pour l’ensemble du Tournoi, le Bathman devait être un rouage essentiel du quinze de la rose. Mais c’est surtout le forfait d’Asher Opoku-Fordjour qui a fait basculer la situation dans une autre dimension.
Touché à l’épaule à l’entraînement avec Sale, alors qu’il revenait tout juste d’un problème au coude, le jeune pilier doit subir une opération qui l’éloignera des terrains pendant plusieurs mois. Pour l’Angleterre, la perte est lourde puisque le poste de pilier droit apparaît d’un coup beaucoup moins fourni.
Son absence laisse Joe Heyes comme seul pilier droit réellement installé au niveau international à l’approche des Six Nations. Une situation préoccupante, tant la dépendance à un seul joueur augmente le risque stratégique. La moindre alerte physique, la moindre baisse de forme, et l’équilibre du pack pourrait être compromis. Steve Borthwick se retrouve donc face à un choix délicat pour les remplacements : sécuriser le court terme avec des profils d’expérience ou accélérer l’intégration de joueurs encore en phase de développement.
Des solutions aux profils variés
La première option mène naturellement à Trevor Davison. À 33 ans, le pilier de Northampton apporte ce que les autres n’ont pas : de l’expérience. International à trois reprises dont une récente apparition lors de la tournée d’été 2025 quand Borthwick était privé de ses cadres en tournée avec Lions. Il est solide en mêlée et rompu aux joutes de la Premiership avec son club de Northampton qui est l’actuel leader du championnat. Sans être spectaculaire, Davison connaît les exigences du niveau international, a une expérience récente avec le groupe et peut stabiliser une mêlée dans les moments clés.
Mais l’Angleterre regarde aussi vers demain. Et dans cette perspective, deux noms s’imposent naturellement : Afolabi Fasogbon et Billy Sela. Tous deux champions du monde U20 en 2024, âgés de 21 et 20 ans, ils incarnent cette génération montante sur laquelle la fédération anglaise fonde de grands espoirs.
Fasogbon, à Gloucester, se distingue par sa puissance brute et son potentiel en mêlée fermée. Encore perfectible techniquement, il progresse rapidement et pourrait profiter des absences actuelles pour s’installer dans le groupe élargi. Cependant, son club de Gloucester est avant dernier du championnat et jouer dans une équipe en difficulté n’est pas le moyen le plus évident pour progresser ou se montrer aux yeux d’un sélectionneur.
Billy Sela, à Bath, bien qu’il ait le même âge a un an près semble être l’opposé de Fasogbon. Il présente un profil légèrement différent, plus mobile, plus dynamique dans le jeu ouvert et surtout, il joue à Bath. Le club actuellement second de Premiership lui offre forcément une visibilité accrue bien qu’il ait moins joué que Fasogbon cette saison (464 min vs 745 min). Les deux matchs de Champions Cup auxquels il a participé (une défaite à Toulon puis une victoire à domicile contre Castres le week-end dernier), en jouant les deux fois une heure l’ont de fait entraîné au plus haut niveau. Des types de rencontres similaires à ce qu’il pourrait retrouver durant le tournoi des 6 nations si Borthwick choisit de lui faire confiance. Déjà intégrés à l’équipe d’Angleterre A en fin d’année 2025, qui sert de passerelle entre les équipes U20 et senior, Sela, mais aussi Fasogbon pourraient bien se disputer une place très chère dans le groupe anglais pour le tournoi des 6 Nations 2026.