C’est un vieux record britannique qui vient de tomber. À seulement 18 ans, Jake Odey Jordan a signé un chrono de 32’’63 sur 300 mètres indoor lors du VA Showcase aux États-Unis. Il a abaissé l’ancienne marque de plus d’1 dixième sur une distance certes rarement courue, mais très révélatrice tant les record nationaux sont rares chez les athlètes de 18 ans.

L’ascension de Jake Odey-Jordan n’a jamais été linéaire. Né à Hackney, dans l’est de Londres, mais ayant traversé l’Atlantique très tot dans sa vie, le Britannique n’a découvert l’athlétisme que tardivement, loin des parcours classiques ultra-structurés. Et pourtant, en à peine deux saisons pleines, il s’est hissé parmi les sprinteurs juniors les plus excitants du circuit mondial.
L’année 2024 avait tout d’un conte de fées. Des titres aux New Balance Nationals, un record personnel abaissé à 20’’55 sur 200 mètres, une médaille de bronze mondiale U20 à Lima sur cette même distance, puis une médaille d’argent avec le relais 4×100 m britannique, malgré une mésaventure aux championnats d’Europe U18. À 16 puis 17 ans, Odey-Jordan faisait jeu égal avec des athlètes plus âgés et plus expérimentés.
Mais la saison 2025 a davantage ressemblé à une phase d’observation et de transition. Sans être encore engagé officiellement dans une université, Odey-Jordan a multiplié les visites de programmes NCAA, comme le font de nombreux jeunes talents aux Etats-Unis, afin d’identifier l’environnement le plus adapté à son développement à long terme. Un temps annoncé du côté de la Floride avant de finalement se projeter vers Texas Tech, le sprinteur britannique a pris le temps de la réflexion, dans une période où ses propres résultats ont parfois été en dessous de ce qui était attendu.
Ces passages à vide n’ont cependant jamais remis en cause son statut. Malgré une saison plus heurtée, Odey-Jordan a continué de progresser techniquement, notamment en indoor, où il a montré une vraie montée en puissance sur 60 mètres, avec un record personnel abaissé à 6’’64, faisant de lui le troisième Britannique U20 le plus rapide de l’histoire sur la distance, une manière parfaite de commencer la saison et un résultat qui laissait présager d’autres superbes chronos.
Un 300 mètres supersonique et un premier record national
Ce superbe chrono est précisément arrivé quelques jours plus tard, le 17 janvier 2026. Aligné sur 300 mètres indoor au VA Showcase, une distance atypique mais proche du 200m qui est la spécialité du jeune athlète, Jake Odey-Jordan a pris part à une course d’un niveau exceptionnel, emmenée par l’Américain Tate Taylor, futur recordman lycéen américain.
Dans une course menée à un rythme supersonique dès le premier virage, Odey-Jordan a parfaitement tenu son rang. Longtemps au contact, il a su maintenir son relâchement dans la dernière ligne droite malgré l’explosion musculaire propre à cette course incroyablement difficile. Résultat : 32’’63 à l’arrivée, soit le deuxième meilleur temps indoor de l’histoire du lycée américain derrière le vainqueur Tate Taylor (32.45), mais surtout un nouveau record national britannique, effaçant la marque de Robert Tobin établie en 2006 (32.76).
Si la distance reste peu médiatisée, sa valeur est loin d’être anodine. Si un sprinteur peut tenir sa vitesse sur le 300m, il le peut évidemment aussi sur le 200m et à terme, Jake Odey Jordan pourrait même être tenté par le 400 mètres, en individuel ou dans un relais. À 18 ans, produire un tel chrono place Odey-Jordan dans une catégorie très restreinte, aux côtés de profils qui ont ensuite explosé sur la scène mondiale.
Les perspectives restent nombreuses, même si la prudence demeure de mise. À court terme, une qualification pour les Championnats du monde indoor reste envisageable, à condition d’abaisser son record sur 60m d’au moins 5 centièmes (6.59 étant le chrono minimal requis). L’option des Championnats du monde U20 2026 demeure également sur la table, bien qu’Odey-Jordan y ait déjà participé en 2024, avec succès alors qu’il était l’un des plus jeunes.
Plus loin dans le temps, les Championnats d’Europe de Birmingham à l’été 2026 où il pourrait évoluer à domicile pour la première fois s’inscrivent naturellement comme un objectif majeur, tout comme la construction progressive d’un projet olympique vers Los Angeles 2028 ou Brisbane 2032.