Isabelle Boffey a longtemps été considérée comme l’une des plus grandes promesses de l’athlétisme britannique avec de multiples titres dans les différentes catégories espoirs, et elle a peut-être enfin vécu, à Boston, le moment charnière de sa carrière. À 25 ans, l’athlète d’Enfield a frappé un immense coup en signant un 800 mètres d’exception en 1:57.43, pulvérisant son record personnel et s’installant directement comme la deuxième Britannique la plus rapide de l’histoire en salle, derrière l’intouchable Keely Hodgkinson.

De multiples titres juniors mais une confirmation plus tardive
Le nom d’Isabelle Boffey n’est pas nouveau pour les suiveurs attentifs de l’athlétisme britannique. Issue du club d’Enfield & Haringey, elle a très tôt dominé sa génération, au point de réaliser ce que peu d’athlètes européens peuvent revendiquer : un triplé parfait sur 800 mètres aux championnats d’Europe U18, U20 et U23. Or à Tbilissi en 2016, Borås en 2019 puis Tallinn en 2021, Boffey a systématiquement répondu présente, s’imposant comme une valeur sûre du demi-fond continental.
Sa progression chronométrique, fulgurante à l’adolescence, témoignait d’un potentiel évident : de 2:14 à 14 ans à 2:02.92 à seulement 19 ans, en remportant l’or européen U20. Pourtant, une fois passée chez les seniors, la trajectoire s’est complexifiée. Si Boffey découvre rapidement les grands rendez-vous – finale européenne indoor en 2021, titre national en salle en 2023, Mondiaux de Budapest la même année : les chronos, eux, cessent presque de s’améliorer. Entre 2020 et 2023, elle grappille des dixièmes, puis franchit enfin la barrière symbolique des deux minutes en extérieur à Madrid (1:59.30). Une avancée notable, mais qui ne la propulse pas encore parmi les toutes meilleures mondiales.
Et les saisons suivantes accentuent ce sentiment de stagnation. Blessée gravement aux ischio-jambiers en 2024, absente une grande partie de l’année, Boffey n’arrive pas à trouver ces dixièmes qui lui permettraient de se placer parmi les toutes meilleures mondiales et conclu les années 2024 et 2025 avec des chronos en deçà de son record personnel.
Et puis, le 30 janvier 2026, au prestigieux John Thomas Terrier Classic à Boston, Isabelle Boffey a changé de dimension. Dans une course relevée, emmenée à un rythme de record, la Britannique n’a jamais semblé en difficulté. Encore légèrement en retrait au passage des 200 mètres comparée à Keely Hodgkinson lors de son record national, Boffey a ensuite déroulé une fin de course d’une rare intensité, bouclant son dernier tour en 29.54 secondes.
Le chrono final est d’1:57.43 secondes. Près de deux secondes retranchées à son record personnel, une première incursion sous les deux minutes en salle, mais surtout une place historique : deuxième performeuse britannique de tous les temps en indoor, huitième mondiale de tous les temps en salle, et peut-être nouvelle référence nationale hors Hodgkinson dans une discipline pourtant très concurrentielle au Royaume-Uni.
Cette performance prend encore plus de relief lorsqu’on la replace dans son contexte. Depuis 2019, Boffey n’avait plus connu de réelle rupture chronométrique. Sa progression semblait linéaire, presque figée, comme en témoignent ses meilleures marques oscillant autour de 2:01 puis 1:59. Plus encore, la manière interpelle. Là où d’autres s’appuient sur une pointe finale explosive, Boffey a démontré une capacité rare à maintenir un rythme élevé sur 600 mètres. Si l’on compare sa course avec celle d’Hodgkinson, Boffey est plus rapide que la détentrice du record national sur les 3 derniers 200m si on divise le 800m en 4*200m.
Derrière Keely Hodgkinson, intouchable patronne du demi-fond national, plusieurs athlètes pouvaient se disputer les place d’honneur comme Georgia Hunter-Bell ou Phoebe Gill et à présent Isabelle Boffey à qui il reste désormais à confirmer ses chronos en extérieur qui la placeraient enfin parmi les meilleures mondiales.