En mai 2016, Leicester City écrivait l’une des plus belles pages de l’histoire du football. Contre toute attente, un club promis au maintien remportait la Premier League face aux géants du football anglais. Dix ans plus tard, en mars 2026, la réalité est radicalement différente : les Foxes luttent pour leur survie en Championship et pourraient être relégués en League One, le troisième échelon du football anglais. Comment un club passé du miracle absolu à une descente vertigineuse a-t-il pu connaître un tel renversement ?

Un exploit historique et une décennie très compétitive
Le triomphe de Leicester en 2016 reste aujourd’hui encore l’un des plus grands exploits du sport mondial. Dirigés par Claudio Ranieri, les Foxes remportent la Premier League au terme d’une saison légendaire. L’équipe repose sur une organisation simple mais terriblement efficace : une défense compacte, des transitions rapides et une efficacité clinique en attaque. Des joueurs comme Jamie Vardy, Riyad Mahrez ou N’Golo Kanté deviennent des stars du championnat anglais.
À l’époque, Leicester est considéré comme un outsider permanent. Les bookmakers avaient fixé la cote du titre à 5000 contre 1 au début de la saison. Pourtant, semaine après semaine, le club des Midlands confirme et finit par distancer ses rivaux. Le titre est officiellement acquis le 2 mai 2016 lorsque Tottenham est tenu en échec par Chelsea à Stamford Bridge. Leicester est champion d’Angleterre pour la première fois de son histoire et signe ce qui est peut-être le plus grand exploit de l’histoire du football.
Loin d’être un simple feu de paille, les années qui suivent confirment que le club a franchi un cap. En 2017, Leicester atteint les quarts de finale de la Ligue des champions pour sa première participation à la compétition. Sur la scène nationale, les Foxes continuent de s’installer durablement dans la première moitié du classement.
Entre 2017 et 2019, Leicester termine régulièrement dans le top 10 de Premier League, bien aidé par la politique du club consistant alors à identifier des talents prometteurs, les développer et, lorsque les opportunités se présentent, les vendre à prix d’or.
Plusieurs transferts illustrent cette stratégie. Riyad Mahrez rejoint Manchester City pour environ 60 millions d’euros en 2018. Un an plus tard, Harry Maguire devient le défenseur le plus cher de l’histoire lorsque Manchester United débourse près de 87 millions d’euros pour s’attacher ses services. Ces ventes permettent à Leicester de réinvestir intelligemment sur le marché et de maintenir un effectif assez compétitif, tout en assurant sa stabilité financière.
Sous la direction de Brendan Rodgers, le club semble même franchir un nouveau palier à la fin de la décennie. Lors des saisons 2019-2020 et 2020-2021, Leicester termine deux fois cinquième de Premier League, échouant de peu à se qualifier pour la Ligue des champions mais retrouvant tout de même les compétitions européennes. Lors de la Ligue Europa Conférence 2022-2023, le club parvient jusqu’en demi-finales de la compétition, finalement éliminé par l’AS Roma sur un score cumulé de 2-1 pour les italiens. L’équipe pratique alors un football attractif et se positionne comme le club le plus solide du championnat derrière les mastodontes traditionnels du « Big 6 ».
Le point culminant de cette période intervient en mai 2021. Cette année-là, Leicester remporte la FA Cup pour la première fois de son histoire en battant Chelsea en finale à Wembley. En disposant d’un stade moderne, d’un tout nouveau centre d’entraînement et d’un propriétaire ambitieux, tout semblait indiquer à cette époque que Leicester s’apprêtait à devenir un membre régulier du haut de tableau anglais.
Mais derrière ces succès, plusieurs fragilités commencent déjà à apparaître.
Mauvaises décisions, finances fragiles et instabilité : les racines d’une chute vertigineuse
Après sa victoire en FA Cup, le club tente de franchir un nouveau cap en investissant davantage sur le marché des transferts. Entre les saisons 2021-2022 et 2022-2023, plus de 100 millions d’euros y sont dépensés pour renforcer l’effectif.
Dans le même temps, la masse salariale explose. Elle approche les 150 millions de livres par saison, soit près de quatre fois le niveau de 2016. Une inflation salariale qui fragilise la santé financière du club, d’autant que les résultats sportifs commencent à décliner.
Leicester enregistre alors des pertes de plus en plus importantes. Sur trois exercices, le club accumule plus de 200 millions de livres de déficit. Des problèmes financiers qui attirent l’attention des autorités du football anglais, chargées de surveiller le respect des règles de rentabilité et de durabilité financière.
Sur le terrain, les performances deviennent irrégulières. Après une huitième place en 2022, Leicester s’effondre lors de la saison 2022-2023. L’équipe termine 18e de Premier League et est reléguée en Championship, retrouvant cette division 11 ans après l’avoir quittée.
Cette descente marque la fin d’une première période dorée. Pourtant, l’espoir renaît rapidement. Sous la direction d’Enzo Maresca, Leicester domine la Championship lors de la saison 2023-2024 et remonte immédiatement en Premier League en terminant champion avec 97 points.
Mais cette remontée s’avère être un simple sursis. Enzo Mareca quitte Leicester pour rejoindre le club de Chelsea, plus attractif, et est remplacé par Steve Cooper puis Ruud van Nistelrooy. La saison 2024-2025 tourne rapidement au cauchemar. Leicester ne parvient pas à rivaliser avec les autres clubs de Premier League et termine à nouveau 18e. En l’espace de trois ans, les Foxes connaissent leur deuxième relégation et le club commence alors à entrer dans une spirale dangereuse.
L’été 2025 marque la fin définitive d’une époque. Jamie Vardy, dernier survivant du titre de 2016, quitte Leicester pour rejoindre Cremonese en Italie. Son départ symbolise la disparition totale de l’équipe qui avait marqué l’histoire du football anglais.
Les difficultés financières obligent également le club à se séparer de nombreux joueurs et en l’espace de quelques mercatos seulement, Youri Tielemans, James Maddison, Harvey Barnes, Kiernan Dewsbury-Hall, ou dernièrement le gardien Mads Hermansen sont tous partis, et remplacés par des joueurs d’une qualité moindre. Leicester se tourne alors vers des prêts pour renforcer son effectif, mais cette stratégie, imposée par les contraintes budgétaires, fragilise la stabilité sportive.
La saison 2025-2026 devait permettre au club de viser un retour immédiat en Premier League. Mais les résultats sont très loin des attentes. Après 36 journées de Championship, Leicester occupe la 22e place avec 35 points. Le club affiche un bilan de 10 victoires, 11 matchs nuls et 15 défaites. L’équipe a inscrit 48 buts mais en a encaissé 57, preuve d’un déséquilibre chronique.
La situation s’est encore aggravée lorsque Leicester a écopé d’une pénalité de six points pour avoir enfreint les règles financières liées à la saison 2023-2024. Déjà dans la deuxième partie du classement, cette sanction fait chuter le club dans la zone de relégation.
Sportivement, la situation est préoccupante. L’équipe traverse une mauvaise passe et a déjà laissé filer plusieurs matchs essentiels dans la course au maintien. L’instabilité sur le banc n’a rien arrangé : plusieurs entraîneurs se sont succédé en très peu de temps. En janvier 2026, le club a même écarté Martí Cifuentes après une nouvelle série de contre-performances. Ni Andy King, chargé de l’intérim, ni l’actuel coach Gary Rowett n’ont réussi à relancer la machine, et les Foxes restent désormais sur dix rencontres sans victoire.
À l’inverse, Oxford United, 23ᵉ et juste derrière eux, vient d’enchaîner deux succès et compte désormais autant de points que Leicester. Le club pourrait même les dépasser dès la prochaine journée, reléguant Leicester à l’avant-dernière place, seulement devant Sheffield Wednesday, qui a subi plusieurs lourdes pénalités pour des raisons similaires, et se retrouve aujourd’hui à –7 au classement, ce qui condamne le club à terminer dernier.
Face à cette situation, la direction tente de réorganiser le club. Une nouvelle structure managériale a été mise en place début 2026 afin de clarifier les responsabilités entre la direction financière, la gestion sportive et le recrutement.
Mais au vue de l’actualité, ces réformes arrivent dans un contexte extrêmement tendu. Les supporters expriment de plus en plus leur frustration et beaucoup réclament même la vente du club. Un espoir subsiste néanmoins dans la formation. L’académie du club continue de produire des jeunes talents prometteurs. Des profils comme Ben Nelson, Louis Page ou Jeremy Monga sont des joueurs avec beaucoup de qualité et de caractère, qui représentent soit l’avenir sportif potentiel des Foxes, ou bien, dans un autre cas de figure, des atouts capables de rapporter une somme importante dans un marché où la valeur des jeunes explose. Cela offrirait au club une bouffée d’air financière à un moment où ses comptes sont particulièrement fragiles.
La mission reste toutefois immense. Si Leicester venait à être relégué en League One, le club subirait l’un des déclassements les plus spectaculaires du football anglais moderne. Mais si Leicester a prouvé quelque chose au cours de son histoire, c’est que l’improbable reste toujours possible. Dix ans après avoir défié toutes les probabilités pour conquérir la Premier League, le club espère désormais accomplir un autre exploit : éviter une chute qui semblait, elle aussi, inimaginable il y a encore quelques années.