Josh Kerr, Georgia Hunter Bell, Molly Caudery et Keely Hodgkinson ont porté le Royaume-Uni vers un total de quatre médailles, mais toutes en or lors des championnats du monde en salle, dont trois conquises en l’espace de moins d’une heure lors d’une dernière soirée exceptionnelle. Une soirée qui aura également pu mettre en lumière de nouvelles possibilités pour l’avenir des relais 4*400m britanniques.

4 titres, dont 3 en une heure !
Le premier des 4 titres est venu du coureur d’Édimbourg, Josh Kerr, sacré sur 3000 mètres en 7:35.56. Dans une course dense et tactique, où sept hommes terminent en moins de deux secondes, il a parfaitement géré son effort. Positionné autour de la cinquième place pendant une grande partie de la course, il a attendu les deux derniers tours pour se replacer avant de produire une accélération tranchante à la cloche, comme il l’avait fait lors de son titre en extérieur en 2023. Résultat : un dernier 400 mètres parfaitement exécuté et Josh Kerr récupère son titre qu’il avait déjà acquis en 2024.
Mais c’est lors de la dernière soirée que le Royaume-Uni a véritablement marqué les esprits, avec une 3 titres obtenus en une heure environ, de quoi rappeler les jeux olympiques 2012 et le Super Saturday. Le 4 Aout 2012, la délégation britannique a remporté 7 médailles, six d’entre elles étant en or, dont trois qui ont lieu en 45 minutes en athlétisme (Dame Jessica Ennis-Hill – heptathlon, Greg Rutherford – saut en longueur et Mo Farah – 10 000m). À Toruń, la dynamique a pris une tournure comparable, et c’est la première finale féminine de la soirée qui a lancé cette série victorieuse.
Sur 1500 mètres, Georgia Hunter Bell a livré une course modèle. Face à un départ très rapide imposé par l’éthiopienne Birke Haylom à l’avant de la course, elle a choisi de ne pas paniquer, restant en contrôle dans le groupe de poursuite dont elle avait pris les devants. Petit à petit, l’écart pris par Haylom se réduisait et à la cloche, Hunter-Bell, accompagnée de l’Australienne Jessica Hull, sa principale concurrente allaient alors se jouer le titre et grâce à une accélération nette dans la dernière ligne droite, la Britannique s’est facilement adjugée le titre, son premier à l’échelle internationale avec un chrono de 3:58.53, record national à la clé.
Dans la foulée, le concours de la perche entamé plus tôt dans la soirée arrivait à son dénouement. Il ne restait plus que Molly Caudery et la Slovène Tina Šutej, toutes deux impeccables jusqu’à 4,80 m. La Britannique a ensuite connu un premier échec à 4,85 m, tout comme son adversaire avant de passer cette barre au deuxième essai, scellant ainsi un concours presque parfait qui, comme pour Josh Kerr, lui permet de retrouver ce titre acquis en 2024.
Enfin, Keely Hodgkinson a conclu cette séquence avec une démonstration sur 800 mètres. Grande favorite de l’épreuve après son record du monde à Liévin, elle a été en tête du début à la fin, imposant un rythme élevé dès les premiers mètres, empêchant toute tentative tactique de ses adversaires. Son temps de 1:55.30, record des championnats, illustre une domination totale : près d’1,5 seconde d’avance sur la deuxième Audrey Werro.
Sur 60 mètres, Jeremiah Azu a lui, frôlé la médaille. Déjà impressionnant en demi-finale avec un record personnel en 6.45, il a confirmé sa forme en finale avec 6.46. Mais dans une course d’un niveau exceptionnel (6.41 pour le vainqueur, 6.45 pour les deuxième et troisième), cela n’a pas suffi : quatrième pour un centième. Ce chrono fait de lui le non médaillé le plus rapide de l’histoire sur la distance, lui qui était le champion du monde en titre, ayant gagné en 2025 en 6.49 secondes.
Même frustration pour Scott Lincoln au lancer du poids. Avec un jet à 21,13 m, record personnel en salle, il signe la meilleure performance britannique de l’histoire dans un championnat du monde. Mais dans un concours extrêmement dense remporté au-delà des 22 mètres, monter sur le podium pour 36 centimètres. Régulier et en progression, il confirme néanmoins son statut d’outsider sérieux au niveau mondial.
Enfin, le relais 4×400 mètres féminin offre une lecture particulièrement intéressante. Cinquième en 3:28.09, le résultat brut n’est pas exceptionnel, mais le contenu est bien plus riche en enseignements.
L’intégration surprise de Dina Asher-Smith et Keely Hodgkinson dans ce relais a apporté des résultats probablement inattendus. Hodgkinson signe tout simplement le meilleur temps lancé de toute la finale en 50.10. Un chiffre à mettre en perspective : la majorité des concurrentes se situent entre 50.8 et 51.5, avec par exemple 50.83 pour Rosey Effiong ou 51.16 pour Lieke Klaver.
Cependant, cette performance doit être analysée avec nuance. Contrairement à certaines relayeuses comme Klaver ou Natalia Bukowiecka, parties en tant que premières relayeuses et donc arrêtées, Hodgkinson bénéficiait d’un départ lancé, ce qui favorise mécaniquement un meilleur chrono. Cela n’enlève rien à la qualité de sa performance, mais permet de mieux situer l’écart réel.
Dina Asher-Smith, avec un split de 51.29, se classe également dans le top 10 de la finale (7e temps). Une performance très bonne également pour une sprinteuse habituée aux 100 m et 200 m, qui confirme sa capacité d’adaptation sur le tour de piste.
En revanche, l’écart se creuse avec les deux autres relayeuses. Louisa Stoney (52.96) et Tess McHugh (53.74), pour leur première grande compétition internationale, signent respectivement les 20e et 22e temps de la finale. Un déficit logique au vu de leur manque d’expérience, mais qui coûte plusieurs secondes au collectif.
Malgré cela, ce relais ouvre des perspectives très intéressantes. Avec Hodgkinson comme option sérieuse sur le 400 m lancé et Asher-Smith capable d’apporter de la densité, le Royaume-Uni semble désormais disposer de nouvelles configurations possibles. À condition d’entourer ces deux profils d’athlètes plus expérimentées et spécialistes du tour de piste (Anning, les sœurs Nielsen, Hudson-Smith, Dobson), les relais 4×400 m féminins et mixtes pourraient rapidement viser bien plus haut. Les championnats d’Europe de Birmingham et les Jeux du Commonwealth de Glasgow, tous deux programmés cet été, pourraient d’ailleurs en offrir un premier aperçu.