Années après années, les Red Roses continuent d’écrire l’histoire du rugby britannique. hier, l’Angleterre féminine a dominé la France à Bordeaux (43-28) pour remporter un huitième Tournoi des 6 Nations consécutif, avec au passage un cinquième Grand Chelem de rang. Portées par les essais d’Ellie Kildunne, Jess Breach ou encore Sarah Bern, les joueuses de John Mitchell ont confirmé leur statut de référence absolue du rugby féminin mondial, seulement huit mois après leur sacre en Coupe du monde à domicile.

Une finale parfaitement maîtrisée par l’Angleterre
Ce France-Angleterre avait tout d’une finale. Les deux nations étaient invaincues avant cette dernière journée et Bordeaux accueillait une rencontre sous très haute tension entre les deux meilleures équipes du continent. Mais une nouvelle fois, l’Angleterre a répondu présente dans les grands rendez-vous, enchaînant une 18e victoire consécutive face aux Bleues, invaincues contre elles depuis 2018.
Pourtant, le début de rencontre fut compliqué pour les joueuses de John Mitchell. Sous pression dans une ambiance bouillante au Stade Atlantique, les Anglaises ont rapidement été sanctionnées par l’essai de Pauline Bourdon Sansus après une superbe transition française. Mais comme souvent avec cette équipe, la réaction a été immédiate.
L’Angleterre a progressivement repris le contrôle grâce à ce qui fait sa force depuis plusieurs années : une puissance impressionnante dans les zones de contact, une maîtrise tactique supérieure et une efficacité clinique à chaque opportunité. Sarah Bern a d’abord conclu une longue séquence au près avant qu’Ellie Kildunne ne profite d’une erreur française pour inscrire le deuxième essai anglais. Jess Breach puis de nouveau Kildunne ont ensuite puni les largesses défensives françaises juste avant la pause, permettant aux visiteuses de rentrer aux vestiaires avec une avance déjà conséquente (26-7).
La seconde période a toutefois montré que cette équipe de France progresse. Anaïs Grando puis Pauline Bourdon Sansus ont redonné espoir aux Bleues en réduisant l’écart à seulement huit points à vingt minutes du terme. Mais là encore, les Red Roses ont démontré pourquoi elles dominent le rugby féminin mondial depuis plusieurs années. Au moment où le match pouvait basculer, elles ont accéléré avec un nouvel essai de Jess Breach puis une réalisation d’Amy Cokayne pour définitivement éteindre les espoirs français, et sceller une nouvelle victoire dans le tournoi.
Avec ce huitième Tournoi des 6 Nations remporté consécutivement, l’Angleterre poursuit la plus grande dynastie jamais vue dans la compétition. Les Red Roses comptent désormais 20 titres dans leur histoire, dont 18 Grands Chelems, des chiffres qui illustrent l’écart creusé avec le reste de l’Europe depuis plusieurs années. Cette génération est également devenue la première équipe, masculine ou féminine, à remporter un Tournoi des 6 Nations dans la foulée d’une Coupe du monde gagnée l’année précédente. Même l’équipe masculine championne du monde en 2003 n’avait pas réussi un tel enchaînement.
Et pourtant, ce sacre 2026 est probablement l’un des plus impressionnants de l’ère John Mitchell. Derrière l’image d’armada intouchable, l’Angleterre a dû traverser un tournoi particulièrement compliqué sur le plan humain et physique. Plusieurs cadres de la Coupe du monde 2025 étaient absentes avant même le début de la compétition. La capitaine Zoe Stratford, les deuxième lignes Abbie Ward et Rosie Galligan ou encore la talonneuse Lark Atkin-Davies ont manqué le tournoi pour cause de grossesse ou de maternité récente. Cath O’Donnell, Jade Shekells et Ella Wyrwas étaient également indisponibles au lancement de la compétition, en plus d’autres joueuses qui avaient pris leur retraite après le sacre en coupe du monde.
Les blessures ont ensuite continué de fragiliser l’effectif. Hannah Botterman, May Campbell et Tatyana Heard n’ont pas pu participer au tournoi, avant qu’Alex Matthews, Natasha Hunt et Morwenna Talling ne soient à leur tour contraintes d’abandonner après la première journée. Une cascade d’absences qui aurait pu déstabiliser n’importe quelle sélection, surtout après l’intensité émotionnelle de la Coupe du monde remportée à domicile quelques mois plus tôt.
Mais c’est précisément là que cette équipe impressionne le plus. L’Angleterre a utilisé ce contexte pour accélérer le renouvellement de son groupe sans jamais perdre en compétitivité. Sept joueuses sans la moindre sélection figuraient dans le groupe initial retenu par John Mitchell : Christiana Balogun, Millie David, Haineala Lutui, Annabel Meta, Sarah Parry, Demelza Short et Jodie Verghese. Plusieurs d’entre elles ont découvert le niveau international durant la compétition, à l’image de Millie David ou Haineala Lutui, intégrées sans difficulté.
Autour de ces nouvelles têtes, des joueuses comme Megan Jones, Amy Cokayne, Marlie Packer, Zoe Harrison ou Ellie Kildunne ont assumé le leadership avec une sérénité impressionnante. Jones, nommée capitaine durant l’absence de Stratford, a notamment disputé chaque minute du tournoi. Ellie Kildunne, élue meilleure joueuse du monde en 2024, a inscrit cinq essais durant la compétition, dont un doublé décisif à Bordeaux.
Aujourd’hui, les Red Roses semblent presque impossibles à arrêter. Malgré les blessures, malgré les changements permanents et la pression immense liée à leur statut de championnes du monde, elles ont terminé le tournoi invaincues avec cinq succès bonifiés et une série désormais portée à 38 victoires consécutives en test-match.