À 24 ans, Lauren Henry est déjà l’un des visages de l’aviron britannique. Championne olympique en quatre de couple lors des Jeux de Paris 2024, la rameuse du Leicestershire a choisi de quitter le bateau qui l’a menée au sommet pour relever un défi bien plus rare : celui de réussir en skiff, l’épreuve individuelle reine de l’aviron. Un pari qui semble porter ses fruits tant les premiers mois laissent déjà entrevoir un potentiel historique pour le Royaume-Uni.

Lauren Henry, d’un exploit olympique à un nouveau défi individuel
Le 31 juillet 2024, Lauren Henry entrait définitivement dans l’histoire de l’aviron britannique. Associée à Hannah Scott, Lola Anderson et Georgina Brayshaw, elle remportait la finale olympique du quatre de couple féminin au terme d’une course exceptionnelle. Longtemps dominées par les Néerlandaises, les Britanniques restaient pourtant au contact avant de produire un retour impressionnant dans les derniers 200 mètres. Elles franchissaient finalement la ligne en 6’16″31, avec seulement quinze centièmes de seconde d’avance sur les Pays-Bas, offrant au Royaume-Uni son tout premier titre olympique dans cette épreuve. Cette médaille d’or venait confirmer la domination de cet équipage, déjà sacré champion du monde en 2023. Mais plutôt que de poursuivre cette aventure collective, Lauren Henry a fait le choix d’un changement radical en se consacrant au skiff, l’embarcation individuelle.
Un choix qui paraissait assez surprenant tant les Britanniques excellent historiquement dans les bateaux collectifs. Depuis plusieurs décennies, le Royaume-Uni accumule les titres olympiques et mondiaux en deux, quatre ou huit rameurs, faisant de l’aviron l’un de ses sports les plus performants. Les épreuves individuelles racontent pourtant une tout autre histoire.
Chez les femmes, aucune Britannique n’a jamais remporté la moindre médaille olympique en skiff depuis l’introduction de l’épreuve aux Jeux de Montréal en 1976. Chez les hommes, le constat est à peine plus flatteur : Alan Campbell, à domicile, avait décroché le bronze à Londres en 2012, mettant fin à une attente qui durait depuis la médaille de bronze de David Collet aux Jeux d’Amsterdam en 1928.
C’est dans ce contexte peu favorable que Lauren Henry tente aujourd’hui d’écrire une nouvelle page de l’histoire de l’aviron britannique, et pourrait arriver au marine stadium aux JO de Los Angeles 2028 avec l’étiquette de favorite. Car les premiers résultats de cette reconversion dépassent déjà les attentes. Dès sa première saison internationale en skiff, elle a remporté le titre européen 2025 à Plovdiv en établissant un nouveau record britannique ainsi que le meilleur temps européen de l’histoire en 7’09″76. Une performance qui constitue également la deuxième meilleure marque jamais réalisée dans cette discipline.
La championne olympique ne s’est pas arrêtée là. Elle s’est imposée lors des deux manches de Coupe du monde auxquelles elle a participé en 2025 avant de se présenter aux Championnats du monde de Shanghai avec l’ambition affichée de devenir la première Britannique sacrée championne du monde en skiff. Elle est finalement passée à seulement trois centièmes de seconde de cet exploit, battue dans les derniers mètres par Fiona Murtagh, mais cette médaille d’argent confirmait déjà son installation parmi les meilleures rameuses de la planète.
Loin d’être freinée par cette courte défaite, Henry a parfaitement lancé sa saison 2026. À Séville, lors de la première manche de Coupe du monde, elle a une nouvelle fois démontré la qualité de son finish en revenant dans les derniers mètres sur la Lituanienne Viktorija Senkute pour s’imposer. Quelques semaines plus tard, à Lucerne, elle dominait une nouvelle fois les séries puis la finale avec une impression de davantage maîtriser ses courses, tout en affirmant qu’elle estimait encore être loin de son meilleur niveau.
Cette progression éclair n’est pas uniquement le fruit de son talent. Lauréate des essais britanniques en skiff dès 2023 alors qu’elle était encore éligible chez les moins de 23 ans, Lauren Henry possédait déjà les qualités nécessaires pour exceller en individuel. Son passage dans le quatre de couple lui a apporté une expérience incomparable de la haute compétition, parachevée avec ce titre olympique, avant de revenir vers une discipline qui semble parfaitement correspondre à son profil. Elle explique d’ailleurs apprécier le contrôle total qu’offre le skiff, où chaque décision et chaque coup de rame ne dépendent que d’elle.
À 24 ans, Lauren Henry semble ainsi réunir tous les ingrédients pour combler l’une des dernières grandes lacunes de l’aviron britannique. Dans un pays qui domine les grandes embarcations depuis des décennies, elle pourrait devenir la rameuse qui replacera enfin le Royaume-Uni au sommet de l’épreuve individuelle la plus prestigieuse. Ses premiers mois en skiff laissent penser que cette ambition n’a rien d’utopique.